Cheveux Afro : Soins, Histoire et Émancipation
Partie 1/3 : Histoire
L'histoire des cheveux afro, ou cheveux crépus, est une histoire riche et complexe qui s'étend sur des siècles, mêlant culture, identité et beauté. Elle reflète une évolution profonde des perceptions et des pratiques, marquée par l'oppression et la résistance.
Voici un aperçu de cette histoire fascinante :
• Les origines anciennes et la signification culturelle (avant le 15e siècle) Dans les cultures africaines précoloniales, les cheveux afro revêtaient une signification profonde, symbolisant la santé, la force et la beauté. Chaque coiffure était un langage en soi, indiquant l'identité tribale, le statut matrimonial, l'âge, la religion, les origines géographiques, la richesse ou le rang social de l'individu. Par exemple, différentes tribus avaient des styles distincts permettant d'identifier leurs membres, et certaines coiffures étaient réalisées lors de rites de passage importants. Les cheveux longs, épais et brillants étaient admirés chez les femmes et représentaient la force de vie et la prospérité. La propreté et la sophistication des coiffures étaient également des critères esthétiques cruciaux. Le cheveu était même considéré comme ayant une dimension spirituelle, étant le point le plus élevé du corps humain, le plus proche du divin, facilitant la communication avec les esprits. Les coiffeurs détenaient une position privilégiée dans la communauté. À cette époque, la peau noire et les cheveux crépus, le nez large et les lèvres épaisses étaient des éléments de beauté intrinsèquement reconnus.
• L'impact de la traite négrière et de la colonisation (à partir du 15e siècle) Avec l'arrivée des colonisateurs européens et la traite négrière, la perception des cheveux afro a radicalement changé. Les idéaux de beauté occidentaux ont commencé à s'imposer, dénaturant le rapport de l'Africain à ses cheveux. Les marchands d'esclaves rasaient la tête des captifs, une première mesure pour effacer leur culture et leur identité. Sans leurs peignes traditionnels, leurs huiles et leurs recettes indigènes, les cheveux devenaient emmêlés, rêches et incoiffables, ce qui était une source de honte et d'infections. Le port de couvre-chefs est devenu un moyen de dissimuler ce trait "gênant". Les cheveux africains ont été perçus comme repoussants et inférieurs à ceux des Européens. La dévalorisation du cheveu crépu a été intentionnelle, visant à déshumaniser et rabaisser les esclaves, en particulier les femmes. Cela a conduit à une intériorisation de l'aversion et à une "guerre" contre leurs propres cheveux. L'objectif était de faire disparaître le trait "négroïde". Des méthodes de lissage dangereuses ont été inventées, comme l'application de graisse chauffée ou de soude mélangée à des pommes de terre, qui rendait les cheveux lisses de manière semi-permanente mais était très corrosive. Une hiérarchisation raciale s'est installée au sein même des communautés d'esclaves : ceux qui avaient le teint clair et des cheveux ondulés ou lisses étaient mieux traités et qualifiés de "good hair", tandis que ceux à la peau foncée et aux cheveux crépus étaient rabaissés et considérés comme ayant du "bad hair". Cette mentalité s'est transmise de génération en génération, avec des parents encourageant les pratiques d'éclaircissement de la peau et de lissage des cheveux de leurs enfants dès leur plus jeune âge. Après l'abolition de l'esclavage, cette obsession du cheveu lisse et de la peau claire a persisté, portée par la commercialisation de produits cosmétiques dangereux et le désir de s'intégrer à la société dominante. La discrimination liée aux coiffures africaines a perduré, notamment sur les lieux de travail.
• Le réveil et la fierté culturelle (années 1960-1970 : mouvements des droits civiques et Black Power) Les années 1960 et 1970 ont marqué un tournant décisif. Le mouvement des droits civiques et l'émergence de la culture afro-américaine ont ravivé la fierté et la beauté des cheveux crépus. Le cheveu noir a pris une dimension politique. L'expression «Black is beautiful» est née, exprimant un nouvel amour de soi et une reconnaissance de l'héritage ancestral. La coiffure afro, un style dense et arrondi inspiré des modèles africains, est devenue un symbole puissant de résistance, d'affirmation culturelle, de libération de l'esprit et de rejet des canons de beauté eurocentriques. Des artistes comme Faith Ringgold, Nina Simone et Miriam Makeba ont contribué à populariser les cheveux naturels et les tresses africaines (cornrows). Ce mouvement a démontré le "pouvoir intérieur" des Afro-Américains, les libérant des complexes de "good hair" et "bad hair" hérités de l'esclavage. Cependant, ce soulèvement esthétique a aussi rencontré des résistances. Le port de l'Afro pouvait entraîner de la crainte chez la population blanche, conduisant à des répressions violentes et de la discrimination dans le milieu professionnel. De plus, le mouvement Black Power, bien qu'important, a accordé peu de place à la problématique du sexisme, et le lien entre l'Afro et les revendications politiques s'est estompé avec le temps. Après l'essoufflement de ces mouvements et la mort de leurs figures emblématiques, le port des coiffures naturelles a décliné, et beaucoup sont revenues aux produits défrisants.
• Le mouvement Nappy contemporain (années 2000 à aujourd'hui) À partir des années 2000, et plus spécifiquement autour de 2008, un nouveau mouvement, le mouvement Nappy (acronyme de "Natural Hair Movement" en anglais), a émergé, marquant un retour massif des femmes afro-américaines vers leurs cheveux crépus naturels et l'arrêt total du défrisage chimique. Ce phénomène vise à réconcilier les femmes afro-descendantes avec leur chevelure naturelle. Les motivations de ce retour sont multiples :
◦ Visées sanitaires et environnementales : La prise de conscience des conséquences nocives du défrisage sur la santé (brûlures, lésions du cuir chevelu, amincissement des cheveux, alopécie, risque accru de fibromes utérins) a été un facteur majeur. Les produits chimiques fragilisent la fibre capillaire, la rendant plus poreuse et empêchant les cheveux de se renouveler.
◦ Visées esthétiques et financières : Après des années de défrisage, beaucoup ont réalisé que le cheveu lisse n'offrait pas une grande variété de coiffures, alors que le cheveu crépu est polyvalent et offre une plus grande diversité de styles. Le mouvement Nappy a conduit à une réduction des dépenses liées aux perruques, tissages et produits défrisants coûteux. Une véritable économie des produits naturels et biologiques s'est développée, avec de nombreuses marques et salons spécialisés.
◦ Visée identitaire : Ce mouvement est une quête personnelle profonde pour retrouver l'authenticité, se réapproprier les racines africaines et s'affranchir des standards de beauté dominants. Ce n'est pas un simple phénomène de mode, mais un véritable réveil des consciences et une remise en question des préjugés hérités de l'esclavage. Les mères de la nouvelle génération transmettent désormais ces valeurs d'acceptation et d'amour du cheveu naturel à leurs filles, brisant le cycle de l'autodénigrement.
• Le rôle d'Internet et des réseaux sociaux a été prépondérant dans l'expansion du mouvement Nappy, en offrant une plateforme d'information, de soutien et de communication. Des blogs, vlogs (chaînes YouTube) et groupes Facebook dédiés au soin des cheveux naturels ont été créés, offrant des tutoriels, des conseils sur les produits et des témoignages. Cette communauté virtuelle (#teamnatural) a permis aux femmes de partager leurs expériences, de s'affirmer et de se soutenir mutuellement, surtout face aux défis comme le "big chop" (couper radicalement les parties défrisées des cheveux). Malgré ces avancées, des défis subsistent, et la discrimination liée aux cheveux naturels persiste dans le milieu professionnel et public. Beaucoup de femmes préfèrent encore le cheveu défrisé pour sa malléabilité et l'acceptation sociale qu'il procure. Cependant, le mouvement Nappy continue de gagner en ampleur, poussé par un désir profond d'acceptation de soi et de reconnaissance d'une beauté diverse et authentique.
Hermi'Roots
Hello!! Thanks for the information.
RépondreSupprimerTrès bon travail
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